Jeffrey Tyssens, né le 9 octobre 1965, est un historien et universitaire belge. Docteur de la Vrije Universiteit Brussel (VUB), il y est professeur au Département d'histoire, d'archéologie, des arts, de philosophie et d'éthique. Il est connu pour ses travaux au sein de la Secular Studies Association Brussels et du Brussels Centre for Religious and Secular Studies (BCRS), groupe de recherche commun à l'ULB et à la VUB.
Ses recherches portent principalement sur l'histoire politique et sociale contemporaine de la Belgique et de l'Europe, les processus de sécularisation, les relations entre les Églises et l'État, les mouvements de libre pensée ainsi que la sécularisation de la mort et des pratiques funéraires. Il s'est également spécialisé dans l'histoire des politiques éducatives européennes, du syndicalisme enseignant et de la franc-maçonnerie, en particulier dans le contexte des organisations fraternelles des XIXe et XXe siècles. Au cours de sa carrière universitaire, il a reçu des distinctions prestigieuses, parmi lesquelles le Prijs Prof. Dr. R. Doehard-De Bock (1987), le titre de Laureaat van de Reisbeurzenwedstrijd (1989), le Prijs der Alumni van de Universitaire Stichting (1998) et le Prijs Maurits De Vroede (2000).
La franc-maçonnerie belge est bien connue, dans sa grande majorité, comme faisant partie de la tendance libérale, laïque, adogmatique. Comme c'est si souvent le cas, cette configuration est le produit d'une confrontation avec l'Église catholique. Même si celle-ci avait monté, dès 1738, un assaut contre la franc-maçonnerie au niveau international, il n'y avait pas vraiment une traduction de cette hostilité au niveau des Pays-Bas autrichiens, territoires qui, ultérieurement, formeraient la Belgique : l'autorité publique ne couvrait pas cette condamnation et, ainsi, les loges recruteraient, en majorité, un public catholique, fût-ce un catholicisme latitudinaire.
Après la Révolution française, et certainement après l'indépendance de la Belgique en 1830, les tensions montaient néanmoins et finalement, avec la lettre épiscopale de 1837 qui interdisait aux croyants l'appartenance à la franc-maçonnerie, une rupture définitive se produisait. Si, en 1837, les maçons étaient encore, en grande majorité, des catholiques pratiquants, malgré leur sensibilité politique libérale, dans les décennies qui suivaient, ils prendraient de plus en plus de distance par rapport à l'Église, mais aussi par rapport à la foi en tant que telle. Un spiritualisme maçonnique prenait la place du catholicisme d'origine, évoluant alors vers un pluralisme philosophique où ce déisme ne disparaissait pas à son tour, mais se trouvait minorisé néanmoins par des conceptions philosophiques individuelles de type agnostique ou athée.
Cette transformation philosophique accompagnait un engagement sociétal croissant, au XIXe siècle, en faveur de la laïcisation de la sphère publique, notamment au niveau de l'école publique (la lutte scolaire) et du statut des cimetières et des pratiques funéraires. Dans le courant du XXe siècle, cet engagement devenait moins l'affaire des loges et plus celle des maçons individuels. L'attention moindre de la gauche politique (une gauche de plus en plus divisée, en sus) pour ces dossiers particuliers accompagnait aussi une certaine dépolitisation de la franc-maçonnerie belge, où les sensibilités laïques ne disparaissaient pas pour autant, mais devenaient moins déterminantes pour la vie quotidienne des loges. Les débats autour de la régularité, après la Seconde Guerre mondiale, freinaient d'ailleurs plus généralement l'engagement maçonnique en soi.
Aujourd'hui, ces discussions-là appartiennent largement au passé. La sécularisation – c'est un paradoxe – et l'émergence d'autres sensibilités sociétales – écologie, diversité – font que, de nos jours, ce profil laïque ne revêt plus les formes évidentes qu'il prenait par le passé et fait place – non sans tensions internes – à des attitudes souvent plus ambiguës que par le passé.